C’était depuis Chazal que je n’avais pas été au dernier plancher. Quel bonheur, de ne pas se sentir piétiné, juste là, au-dessus de nos têtes! C’est à commencer à se rendre compte que ce sont seulement nos pas qui peuvent écraser les pensées des autres. Il faut faire attention. Aux coups de talons. Qu’on donne. Sans faire exprès.
dimanche 27 juillet 2008
Depuis Chazal
vendredi 25 juillet 2008
jeudi 24 juillet 2008
Nouveau et vieux ménage (suite)
Princeville, Qc
06.05.2008
Des lettres sur papier à écrire pastel d’amies que je ne me souvenais plus d’avoir eues. Dans ce temps-là, nos aptitudes écrites nous permettaient de se demander si on aimait l’école. On se disait mutuellement qu’on aimait s’écrire. On se souhaitait bonne chance dans nos leçons du vendredi. On oubliait nos points. On ne connaissait pas l’accord des participes passés et on finissait sur des « Bey ».
On avait le je t’aime facile, mais vrai.
On signait « ton amie ».
Avec le temps, on devint championnes de l’origami : on pliait nos écrits en flèches ou en mini colis. On se les adressait à toé de moé; les noms ont fini par changer. On s’est mises à décrire de façon détaillée nos cours, de qui font les cons, de qui les sont. On voulait aller magasiner en ville.
On s’excusait de ne pas savoir quoi dire et de laisser la page à moitié remplie.
On s’excusait de mal écrire.
On disait qu’on n’avait « pas rap ».
Après qu’on ait appris le sarcasme, on l’utilisait sans retenue.
On aimait les Backstreet Boys et les Spice Girls, puis un jour, on s’est mises à écouter du Lagwagon, Blink-182 et Pennywise, et à fumer du pot à l’école.
On s’écrivait pour se dire qu’on n’avait pas le temps de s’écrire, et qu’on allait se réécrire plus tard.
* * *
Dans ce grand ménage tout au fond de mon garde-robe, j’ai retrouvé des plats remplis de roches et de vieilles robes de chambre du temps ou ma mère flânait dans le confort matinal des flanelles. Dans mes tiroirs, j’ai retrouvé de vieux cahiers spirales du secondaire aux envies de mourir, de vieilles factures déteintes de chez des magasins qui n’existent probablement plus, de choses que je n’ai sûrement jetées. J’ai rouvert mon coffre à toutous et poupées, pour réaliser qu’il n’y en avait aucun auquel je tenais assez pour l’y remettre, sinon de mon Calinours Mélissa, à qui je mordais le nez de plastique à le casser, encore et encore malgré la colle, folle d’une rage alors, que je n’ai jamais su bien expliquer.
Dans mes vieux albums, j’ai retrouvé de vieux collants de Fraisinette. Qui sentaient encore.
jeudi 3 juillet 2008
Québec, Québec
Bon, on s'entendra sur le mot "voyagement", si vous voulez.
C'est un autre été. Avec toutes les choses qui ont été ces derniers mois, il fallait bouger, commencer quelque part, saisir une envie de se planter quelque part sinon, oui, tomber.
Après les classes, pointait un encore Montréal, prise 28, sur des rues parallèles où valser spectatrice, une impression de jamais conductrice. Après un temps, une âme en a marre. Sentais le recommencement réchauffé, et malgré toutes les fascinations du monde possible d'y côtoyer, il est clair déjà que je ne voudrais pas réellement y rester à la fin du diplôme. Vivre en sursis encore 8 mois, par défaut?
Marre du temporaire.
Mais pas de Montréal...
Plus le temps pour Montréal.
Pourquoi pas plutôt commencer déjà un bout de vie ailleurs, alors?
Voilà donc qu'au lieu de ramener petons, guenilles et lentilles de la campagne à la grande ville, j'ai repensé. J'ai laissé murir une idée semée par l'heureux hasard d'une découverte d'un nouvo Québec dont j'ignorais toutes les richesses de briques et de ruelles. Comme de fait, c'était l'époque de l'année où les samares s'amarrent. J'ai voulu en faire de même. On m'a invité dans une maison avec balcon sous la couverture épaisse de deux immenses érables argentés. J'ai pas su refusé.
Surtout qu'au premier jour d'essai de trouver du boulot, je suis tombée sur un poste payé qui faisait de l'oeil à mon idéal, et ça a cliqué, magiquement, de tous bords tous côtés: engagée! Souriante... En deux jours, de Montréal, déménagée. Partiellement, soit, car toujours il y a un là-bas bail à mon nom. Et la maison de Papa qui a connu bien assez de meubles ces derniers temps... Dans les excès d'adons, il ne faut pas faire exagérer des choses, le bon.
Me voilà alors, nouvellement greffée de paysages inconnus mais en même temps enveloppée d'une périphérie qui elle, m'est vaguement familière. Chaque jour, les paysages environnants se font de plus en plus porteurs de repères pour ces moments coulants, additionnés aux torrents incessants du ciel et du flot tranquille de la Saint-Charles. Dorénavant, il sera question de Haute-Ville, de Basse-Ville, encore plus de Saint-ci de Saint-ça, de côtes à pic, de murs, de musiques, de vieux tatouages en lettres attachées, de fleuristes garagistes, de dépanneurs-casse-croûte, de rues croisant des avenues...
Pour me tenir compagnie.
Pour me perdre, un peu, encore, aussi - je sais.
vendredi 9 mai 2008
Inverness
Scotland is nowhere near here, et les capitales se mêlent; petits amis habitent sur Dublin Street, il faut le faire! C’est à ne pas confondre avec la rue du Blin, si on veut que le courrier se rende à la bonne boîte.
Ma classe du jour est la plus lumineuse : « Vous allez vouère, il fait chaud vite icitte », m’avertit la concierge au matin. Par la fenêtre, on a vue sur un mur de montagnes, précédé d’un mur d’arbres. La cours est au bas de tout ça, gigantesque, avec deux terrain de soccer, un carré de sable format désert du Sahara et espaces de 4-carreaux.
*
Les petits villageois qui ont le privilège génétique de pouvoir aller à l’école en anglais sont à Thetford Mines (grâce à des lois serrées visant à protéger cette langue en voie de disparition en Amérique, French, le gouvernement du Québec ne permet l’accès au réseau des écoles anglophones qu’aux enfants dont un des parents est allé à l’école en anglais, au Canada... C’est pourquoi, au-dessus de chacune des écoles anglos, on a fait construire des entonnoirs géants). Ici, dans cette petits école de cinq classes, paraît qu’un seul élève sait se débrouiller in English. Pour le reste, des efforts sont à faire pour atteindre un seuil passable de prétention de bilinguisme. Le « J’comprends rdjien, moé » est familier sur les lèvres des jeunes, découragés. C’est pire pour les plus vieux d’entre eux, car ils semblent réaliser plus lucidement l’étendu de leurs limitations à déchiffrer l’Autre langue et à l’utiliser pour s’exprimer en classe. De toute façon, pour quoi faire? Essayer de se faire comprendre par la suppléante? Ce n’est pas une réalité suffisante.
Entre le groupe travaillant sur « My future job » et celui qui écrit à propos de « My house », deux mondes. Le premier thème fait appel à l’imaginaire, à la projection d’une possibilité aussi ouverte dans le temps que les valons le sont ici dans la croûte terrestre – bien que pour beaucoup, cela signifie le désir naïf de suivre les traces des parents en travaillant sur la ferme – alors que le second ramène à l’observable, à ce que papa-maman a décidé de construire comme toits et murs, à l’univers observable de l’existence quotidienne. Dans la description des maisons, on note la couleur de la brique ou du clap-board, le nombre de pièces et les objets qui occupent la chambre à coucher. Les lignes de la feuille du future, elle, est presque vide.
*
Les 3-4 sont tannants, irrespectueux, ou complètement désobéissants par moments. C’est la pire classe de l’école, paraît. Ce n’est tout de même pas si pire, ils ne sont avec moi que pour 60 minutes. C’est ça, l’avantage de la suppléance en spécialité anglais.
À la récré, on « veut tenir la porte » et « aller chercher la cloche ». J’apprends ce que ça veut dire ici.
*
Dans cette école modeste, la moitié des locaux sont vacants, en même temps qu’on mélange officiellement batteries et drum. Sur l’heure du midi, on mange dos aux gouaches et poches de paillettes sur étagère pratique, face à Jean-Paul II. Ici, la religion n’est plus mise à jour. On compte tout de même trois églises dans le village : deux catholique et une, protestante. Elle sont fort probablement à-moitié vides elles aussi.
Au coin de la rue principale, il y a une chocolaterie.
J’ignore si elle est belge ou écossaise.
lundi 5 mai 2008
Avec les filles
On est allées à Laval.
On a pris le train.
On est montées à Chambly.
On a vu des écureuils.
On a conduit dans des montagnes.
On a vu un beau coucher de soleil.
On a mangé de la poutine.
On en a appris sur le fast-food.
On est allées au Lac William.
On a mangé une molle.
On a pris des photos de l'eau.
On s'est mouillé les pieds dans la neige.
On est montées dans une tour.
On est montées à Lévis.
On a mangée des sandwichs jambon-pickles-sauceBBQ.
On a pris le traversier.
On a pris le Chateau Frontenac en photos.
On a fait des expériences avec les petites lumières sur l'eau.
On s'est préparées en cas d'urgence.
On a pris des photos flolles.
On pris le funiculaire.
On a rencontré des amis.
On a bu de la bière.
On a mangé du pudding chômeur.
On a insulté la France.
On est rentrés tard.
On s'est trop habillées.
On a vu plein d'oies blanches.
On a eu froid sur le pont.
On s'est réchauffées sur le pont.
On a vu des maisons full vieilles.
On a vu des touristes.
On s'est fait espionner.
On a marché sur la plus étroite rue d'Amérique.
On a mangé de la soupe aux pois.
On est allées à la gare.
On est allées en Belgique.
On a lu de drôle d'horaires.
On a vu Sébastien.
On s'est baladés dans le Faubourg.
On est allées à la Citadelle.
On a repris le traversier.
On a re-eu froid.
On a re-bu du chaud.
On a dansé.
On a vu des chutes.
On a pris des photos des chutes.
On s’est dit au revoir.
Elles sont parties vers l’est.
Je suis partie vers l’ouest.
Detailed illustrations of our actions available shortly on Flickr.
dimanche 4 mai 2008
Nouveau et vieux ménage
À voir la courbure des livres sur les étagères, je n’imaginais pas la dureté des artefacts. Depuis des années, ma vieille chambre chez Papa n’a pas bougé. Mais moi.
Je retrouve, oubliés, des cartables remplis de paroles de chansons : des mots des autres sur des mélodies qu’il faut retenir, qui resurgissent presque par magie à la vue de simples titre, ou des idées d’un refrain.
C’est par la musique que j’ai appris l’anglais.
Avec Sarah McLachlan, Sheryl Crow, Travis, Frente, Alanis Morrisette, Jewel… À travers ma montagne de Q Magazines 2000-2001, j’ai appris des anglicismes authentiques. Surtout, leurs pages glacées m’ont fait connaître Coldplay, Doves, Muse, Starsailor, Beth Orton et les Strokes. Certains de ces artistes ont collé à ma vie, complètement et depuis. Aujourd’hui, je balance des dizaines de dollars mérités à produire les souvenirs photo à la ville de Victoriaville toute entière. Merci à tous pour ce vieux don à la nouvelle bibliothèque municipale de Princeville.
mercredi 30 avril 2008
mardi 29 avril 2008
Pour la fête
(et Julia fait de l'humus qui ressemble à de la crème glacée)
vendredi 25 avril 2008
mardi 22 avril 2008
Le goût d'en avant
Carina et moi mangeons de la crème glacée sur le balcon en nous demandant ce qui, exactement, différencie un appartement d'un condominium.

