mercredi 10 septembre 2008

Limoilou

C’est des jeux de mots à l’infini pour les petits commerçants de quartier : une librairie qui s’appelle Lie-moi, un centre de location d’outils qui affiche Limoi-loue - les Christs oubliés dans les églises transformées en cirque, eux, les pauvres, se sont fait voler la chance de faire mousser leurs ventes.

Les premières terres qu’habitèrent les colons français prirent le nom, déformé, du domaine que possédait Jacques Cartier à Saint-Malo, le Limoëlou, après avoir porté le nom de Notre-Dame-de-Anges. Limoilou est désormais le nom de mon quartier. J’ai pris ses coordonées comme référence géographique; c’est ma borne, ma pin sur la map.

J’arpente au quotidien une plaine qui autrefois a connu la rencontre de l’Europe et des amérindiens, de la blancheur de la peau se battant contre celle de l’hiver. Aujourd’hui, elle s’étend en une série de rues et d’avenues, copiée sur le modèle de New York – l’Amérique, toujours copie de quelque chose…

La Basse-Ville, un peu comme les grandes villes d’Europe, a une rivière, nommée ainsi par les Récollets en l’honneur de Charles De Boves – d’autres prétendent que c’est plutôt au nom de Saint Charles Boromé, je vous laisse choisir. Chez vous, on l’appellerait un fleuve, semblable à la Seine ou au Danube. Mais quand on se jette dans le majestueux Saint-Laurent, on ne peut se prétendre méritant du même titre.

Ce qui s’étend au nord de la Saint-Charles, c’est le « Vieux-Limoilou », « jusqu’à la 18e rue, de la 1ère à la 6e avenue ». S’y enlignent tantôt des piles de briques brunes avec balcons et escaliers en colimaçon (avec encore plus de rigueur qu’à Montréal), tantôt des tours de tôle, tantôt des maisonnettes aux toits en mansardes, sur ce qui s’avèrerait un petit paradis de fouilles archéologiques. À l’époque ou les conditions de vie de Saint-Roch, le quartier voisin au sud maintenant devenu « arrondissement de la Cité », étaient devenues exécrables de par le tassement les unes sur les autres des maisons des ouvriers, à partir des murs des fabriques, Limoilou devint le paradis des bourgeois et familles qui eux, pouvaient profiter des espaces verts de leurs jardins intérieurs au cœur des croisement des rues tandis que les plus pauvres crevaient de chaud sur, sous, et autour de leurs feuilles de tôle.

Quelques générations plus tard, les industries ont bien changé. L’occupation des habitants du quartier de Limoilou s’est modifiée pour refléter la nouvelle réalité de cette cité : c’est le chômage pour ceux qui n’ont pas pris le virage automobile, coincés entre le trou à rats de Saint-Roch et la banlieue qui s’étend plus loin vers le nord. On brûle cigarette sur cigarette sur le balcon, avec les voisins, on se raconte les banalités de petites vies exceptionnellement médiocres. Avec tout ce monde devant et dessus les trottoirs, le paysage prend grand ses airs d’humanité.

Le laid, parfois, est beau. Je vous parle des ruelles une autre fois.

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