lundi 26 janvier 2009

Allez, shut, le bébé dort

2:04am, il me reste 1:02 de batterie dans mon portable. (C'est un siiiigne)

Tant qu'à ne pas trouver sommeil, mieux valait se trouver quelque chose à faire. Pourquoi ne pas aller s'asseoir devant la plus grande fenêtre de l'appartement pour être témoin de l'un des exercices culturels les plus singuliers de ce pays de neige: le déneigement nocturne!

La plupart du temps, on est réveillé la nuit quand on dort, par des grondements distants, qui s'affirment plus ils s'approchent: les poids lourds qui parcourent les rues afin d'arracher de leurs pelles et soulever de leur souffle les milliars de flocons étant tombés du ciel sur la chaussée. Nous ici, piétons moyens, avons du mal même à nous souvenirs avec précision de ce qui peut bien être considéré comme la dernière précipitation, trop peu incommodés dans nos transports et encore moins, séquestrés dans la rue comme le sont les voitures de ces pauvres automobilistes fous. Vous savez, on devient tellement habitués qu'on ne se souvient plus trop quand était la dernière tempête.

C'est l'hiver, tous les jours. C'est tout, et c'est merveilleux.

C'est merveilleux comme une caravane de 5 dix-roues qui se préparent à s'enfuir avec une partie de l'ici tout blanc pour aller l'empiler ailleurs. Des mecs sont payés 30$ de l'heure pour rouler 20 km en autant de temps, tout au plus. Je les regarde défiler devant mon tronçon de rue pendant 2 minutes: c'est faire bien profiter un beau petit 5 dollars des taxes de monsieurmadame!

Chaque mastodonte produit un vacarme tout à fait unique; tous des grognements confiants et fiers, amusés, en contrôle. Quand ce ne sont pas les turbines de métal qui tirent la neige dans les airs ou les grattes qui traînent leur poids sur le bitume glacé, c'est la chenille qui file à vive allure sur le trottoir comme dans une piste de bobsleigh. Les murs tremblent comme secoués par d'innombrables secousses sismiques simultanées. Dans les chambres à coucher de chaque ménage du voisinage, des yeux s'ouvrent, des sourcils se froncent; des têtes plongent sous les oreillers. Ces insomnies généralisées se retrouvent à créer de parfait moments pour fustiger contre l'hiver, vérifier que le réveille-matin est programmé à la bonne heure, fumer une clope, faire l'amour.

Dehors, les déneigeurs s'improvisent pilotes de course: ils démarrent en trombe du coin des rues en donnant des coups de volants bien francs pour faire déraper leurs tonnes sur la glace, ni vu ni connus (les vrais pilotes de course sont millionnaires et ne se les font pas geler à -20 en plein hiver).

Je les regarde.

Après bientôt 58 minutes de cette cohue, il faut avouer que c'est presque abuser, M. Komatsu, je crois que vous aimez peut-être un peu trop votre travail.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Poète Marianne,

Quelle productivité ces derniers jours, on croirait que l'air glacé de l'hiver nourrit ta plume! Et comme tu en parles, comme tu l'aimes, il n'y a plus de doute, c'est chez toi...