La première heure passée au Québec, j’ai été plongée dans l’espace; de l’aéroport vide à l’autoroute filant à travers champs et prés, je découvrais de l’air plus que l’on peut nécessiter durant une vie humaine complète. Le ciel était d’un bleu bien clair, libéré temporairement du smog estival habituel; mes yeux cherchaient désespérément quelque chose à quoi s’accrocher en dessous des nuages pour empêcher ma tête de tanguer. J’ai été sauvée par ceci :

Mes oreilles désaccordées ont trouvé assez difficile le retour à la mélodie francoise d’Amérique; j’ai voulu commencer à étiqueter les dialectes d’ici depuis ce moment désagréable (encore durant ma première heure montréalaise) où je ne pouvais rien comprendre de la conversation de mes voisins de table au resto. Non pas qu’on ne m’aie pas montré la politesse, mais je tenais vraiment à vérifier que j’étais toujours une québécoise saine d’esprit, dans ’a game. Il y avait bien de quoi douter, car lorsque je rassemblait toute l’attention laissée par mon décalage horaire, j’entendais de l’anglais alors que j’espérais du flamand, du parisien ou de l’allemand… Ce n’était pourtant que du joual de trucker! Rien que de rêver comme ça avec mes oreilles, j’avais le regard en larmes.
Le retour à ma réalité sociale se fit tout graduellement, un amour à la fois et de la joie à profusion sans rendez-vous. En l’espace de quelques heures, je revoyais Audrey, Papa, Anaëlle, Miakim, David et même oncles et tantes. Je me trouvais à leurs côtés comme si aucune montre n’avait continué sa route loin de nous au cours des derniers huit mois : une surprise qui tourne le coin de la porte avant de s’installer dans le mobilier. Pour me rappeler ce changement qui s’est fait en nous comme atour de nous ou à des milliers de kilomètres au cours du temps passé, j’ai fait la connaissance de bébé Rose et du petit Noam. C’est fou comme le développement de la chair et des os m’a véritablement fait comprendre le temps qui avait passé… des trésors de nouvelle vie qui ne s’en font pas avec son déroulement; la métaphore par excellence de mon retour.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire