mardi 20 janvier 2009

Sur glace

Il y a à peine plus d'un an, je redécouvrais une des plus solides couches de fond de mon être: la glace. Non pas que j'en sois faite (même si j'en ai parfois l'impression ou l'air) mais plutôt, je m'y trouve solidement ancrée en même temps que je m'en sers pour faire toutes sortes de mouvements, et je l'ai essayé, de déplacements.


Alors, aujourd'hui, j'ai re-re-renoué avec des savoirs vieux d'il y a 20 ans déjà, des "on-n'oublie-jamais-comment" comme ceux sur deux roues. Sauf que moi, en plus de l'art des ronds, je connais aussi très bien l'art des lignes. Je crois que j'ai connu les deux lames avant les deux roues... j'ai appris à les aimer froides, mortellement affilées, miroir. À pics d'abord, puis très très longues pour aller vite vite vite ensuite. Il y a des boîtes pleines de médailles qu'il faudrait que je débarrasse de chez mon père... pour ce qu'elles veulent dire maintenant.

Ce qu'il me reste de ce temps où la lettre P dans ma réalité était pour le mot "patin" et pas encore pour "photo", ne tient pas dans une boîte: c'est moi! Tout moi. Pour me croire (et moi-même me croire), il faut me remettre les pieds en bottines. C'est grâce aux vieux patins artistiques de ma soeur qu'il m'est possible de reconnecter les circuits de mes jambes (oh, force!) avec ceux de mes bras (oh, grâce, oh, voler!), et de mes oreilles (oh, équilibre!). À bien y penser, il faudrait bien ajouter le coeur à cette liste de circuits battants, stimulé qu'il le devient quand on veut rattraper les souvenirs, plus vite plus vite, voulant courser avec les sensations et réussissant à, chaque minute filant, penser de moins en moins.

La patino-thérapie.

Au bout d'une heure, j'avais revisité mes croisés avant, mes pas de reculons, mes jeux de pieds, mes sauts, mes pirouettes. Et juste une fois sur les fesses, morte de rire, tellement vivante.

* * *

Sur le chemin du retour, j'étais trop épuisée pour faire le détour, le long de la St-Charles jusqu'au pont Drouin pour ensuite revenir sur mes pas: j'habite à côté, mais entre la maison et la patinoire, faut traverser la rivière. Depuis des semaines qu'on peut voir des traces de pas, ça et là qui sont dessinés au-dessus de ce qu'on sait être des algues intoxiquées cachées sous des couches de noir et de blanc... l'oeuvre de fous!

Mais avant, on patinait sur la St-Charles! Avant quoi, je ne saurais dire.
Avant là, sûrement.

Quoi qu'il en soit, je me trouvais là, face à cet imposant serpent de neige blanche, un patin dans chaque main. À partir du bout de mes pieds, des traces se rendaient jusqu'à l'autre rive, en pointillé, en ligne non-brisée. La terre a arrêté de tourner. C'était bouleversant en même temps que c'était con: j'avais la trouille, alors qu'il était écrit sur la rivière que rien ne pouvait m'arriver. On grandit en sachant que même si on sait très bien nager en eau vive, dans cette eau-là, on ne nagerait pas très longtemps... Maudits traumatismes d'enfance.

Je me suis arrêtée au milieu du cours d'eau, le soleil de midi rebondissant en plein sous les sourcils, froncés pour mieux voir, de cette vue posée sur la ville qui n'est jamais possible en d'autres temps: un panorama vu ni du large, ni d'à bord, ni du bord.

Près de la rive, une colonne de granite prolongeait la ligne des traces de bottes qui me guidaient vers le ciel: "Ici, séjournèrent Jacques Cartier et l'équipage de la Petite Hermine lors des hivers 1535-1536".

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Toujours un plaisir de lire tes aventures, tellement bien écrites qu'on les vit!