Un voyage coup de tête, sans tuque; retraverser, encore, l’océan avec un grand A.
L’horizon, la perspective d’une vue à 5340 kilomètres de ma petite vie n’est jamais de trop... de mon existence qui s’accumule, je désirais du recul. Je me suis reculée, loin, d’un stratège optique laissant croire en une avancée dans l’espace de mon temps. Je suis venue errer à vos côtés. Vous aurez accompagné, encerclé, provoqué, étiré, mes pensées : les ailleurs des réflexions… la trouble vue d’un fantôme en décalage identitaire – vous m’aurez reconnue si vous en aviez déjà vu un, vous ne m’avez certainement pas reconnue si vous m’aviez déjà bien vue.
J’ai grandement profité de ces rebonds de mon esprit, réfléchissant en kilomètres à pied, sur des trottoirs sur-foulés des foules qui ne cessent de croiser leurs endroits de prédilection avec les moments des autres, ou on peut se voir à rencontre. Je serai allée partout, dans leur foulée et à rencontre, avec volonté brillant et au-delà de mes forces, dans tous les coins de mon non-vouloir, et nulle part. Ça serait facile de dire que j’aurais du rester chez nous: non, malgré que... votre continent est un fabuleux endroit, mais le moment était d’une drôlerie qui ne fait même pas sourire à pleines dents.
Tout arrive à point, et je n’ai manqué ni vol ni train. J’ai eu droit à une merveilleuse pause de l’hiver, de sa froidure qui dans l’émerveillement gèle les larmes avant même qu’elles ne puissent émerger du pergélisol. Grâce à l’Europe, dans son eau de surface, j’ai pu prendre l’inspiration dont j’avais besoin pour réapprendre à replonger.
Plonger et replonger, dedans et dehors de ses flaques, il y a quelques jours, il y a quelques mois, il y a quelques ans... Sur les vieux reliefs des derniers jours, je réussissais quand même sans mal à marcher, au côté des restes de ciel en émoi, à sauter en travers de ce qui reflétait mes gris. Je suis après tout l’héritière agile d’une vie à parcourir (les glaces minces) et à éviter (la slush épaisse!). Je dis cela pour me rassurer, car je crois bien qu’il y a de ces bons côtés qui ne s’égarent jamais totalement; la peur d’être perdue, elle, est plus affolante. Quand on voyage seule, on a intérêt à ne pas trop regarder son reflet de haut.
Je viens d’une campagne d’où les fermes ne sont qu’à regarder. De lonely rêves inexplicables, cauchemars à mi-temps ou éveillés à espérer le printemps, j’ai appris à cultiver un croisement de bonheur et de mal-être: ils sont, de saison, la fleurissante récolte d'éclosions existentielles. Je suis le réveil d'un précaire rendu humain de ciel et terre; heureusement, mon bien-être, fait de jachère et d’éclaircies intemporelles, revient, légendaire.
* * *
En un clignement de paupières, je retrouve notre butte, notre mont, notre montagne royale, et ma vie, sur un plateau.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire