samedi 1 septembre 2007

La nuit et le jour

Plus d'une belle semaine maintenant que je vis au rhytme de l'heure de l'est. Je me croyais presque rétablie à cet horaire de retard, commençant même à étirer mes journées, dérivant chaque jour encore un peu plus vers l'ouest. J'ai toujours eu l'habitude de profiter de la tranquilité de la maison alors que tous dorment à poigs fermés. Il n'y a pas de téléjournal; le téléphone ne peut jamais sonner, la beauté de l'extérieur ne peut pas nous distraire: ne compte que la lumière que l'on crée au coeur de la noirceur. C'est toujours étonnant comment on a les idées survivantes et fortes quand personne ne voit: cette concentration de fin de soirée est véritablement fertile et magique.

Fertile elle est lorsqu'on a des projets à mettre à terme pour le lendemain mais que rien n'est en voie d'être prêt: je décide alors d'aller au lit que lorsque la touche finale sera posée à mes projets, géants ou bénins. Hier soir, on est sortis bouger un peu pour l'anniversaire de David, puis raisonnable, je suis rentrée à la maison, aussi sobre qu'une girouette. M'attendait, espiègle, la montagne de mes effets personnels, dessinée en ragoût sur la table du salon du sous-sol, couvrant mes valises en pause et débordant sur le plancher froid. À 10h, je devais être prête à partir pour Montréal, et la pièce devait aussi être clean. Pas demain, la prépa: maintenant.

Et puis les "devait" s'enlignent et finissent par couvrir un éventail d'activités connexes, telles que fournir un repas d'extra à son corps marathonien, transférer mes photos de voyage dans les Balkans sur mon nouveau disque dur externe (la logique urgente, je vous dis!), classer mes disques en orde alphabétique dans le gros étui noir, en écouter quelques extraits... tellement qu'après quelques heures de production digne d'un après-souper bien banal plutôt que d'une nuit, les silhouettes des maisons commençaient à se dessiner dans la porte patio. Il restait fort à faire, pourtant... "c'était un projet d'hier ou d'aujourd'hui?", me demandait mon esprit égaré par le manque de sommeil.

L'envie fut plus forte que la raison: à 6h30, je plongeais les pieds dans la rosée fraîche d'une propriété privée voisine pour essayer de capter quelques visions matinales de mon arrière-cour. J'ai compris pourquoi ma préparation au déménagement avait tant tardé dans la nuit quand j'ai été plantée devant ce splendide spectacle: rien au monde n'existait d'autre que ces premiers instants de soleil. Il reignait silence et légèreté dans l'air... C'est vrai que c'est magnifique à la maison...




Une nuit blanche, donc? Oui. Au matin, je me suis fait des pancakes (je corrige mon vocabulaire depuis que j'ai eu droit à une quantitée fière de véritables crèpes "à la française - aucune ne peuvent être aussi délicieuses que les crèpes du mercredi d'Élisa!), comme au dimanche d'antan, sauf que je les ai savourées seule comme une grande. Enfin, pas tout à fait seule: avec du bon sirop d'érable. Encore mieux: avec du beurre d'érable!



La téléportation fut éventuelle, tout à fait réelle: je suis apparue sur la rue de Bullion avec tous mon brol en fin d'après-midi. Presqu'aucune vision de la beauté des longues rues bordées de verdure heureuse et des fascinantes ruelles miroir de l'envers ne parvenait à mes yeux endormis.

Je suis rapidement revenue à mes esprits lorsque j'ai constaté l'état de mon champ de bataille; il avait l'air d'une chambre! Pendant 5 heures, j'ai frotté, organisé, bougé, changé, afin d'essayer de retrouver mon reflet sur les murs, ma tonalité dans les couleurs ambiantes. Difficile de réssuciter les morts par contre: plusieurs de mes précieuses plantes sont tombées au combat... je blâme les sous-commandants de leur négligente ignorance. Heureusement qu'il y a le recrutement express chez les membres de même famille. Le bataillon sera complet après 5 petits jours.

Maintenant, mes neurones se meurent sans sommeil et je suis prise de la pire crise d'allergie officieuse spontanée de l'histoire de mon monde. Je goûte la poussière de mon souffle comme on goûterait un bon cigare. Les dépôts des 8 derniers mois (ah oui, je vous dis que ça ressemblait beaucoup à de la négligence extrême...) étaient encore bien frivoles; ils n'attendaient que quelqu'un les sorte prendre l'air. J'aurais cru que leur reconnaisance m'aurait épargné leur sale caractère...

Les dernières heures d'intense torchage-remise-à-zéro m'ont fait tousser en atchoumant, atchoumer en toussant. J'y trouvait presque un petit plaisir, jusqu'à ce que j'essaie de rompre le silence avec un interlocuteur extérieur à ma chambre. Résultat actuel : une perte de voix quasi totale. On m'entend fumeuse, on m'entend triste, on m'entend alcoolique, on m'entend trentenaire. Vous savez qu'il n'en est rien. Vous seuls connaissez la vraie histoire.

Août est bel et bien terminé.

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