mercredi 9 avril 2008

Près de chez nous

Cet après-midi, j'ai touché à l'esprit d'une de mes voix préférées. Si ce n'était pas que mes pieds étaient cloués à plat sur la lourde marche de l'escalier roulant où je me laissais soulever du sous au sur-terrain, je pourrais prétendre que ce sont mes pas qui l'ont croisé. Nous avons plutôt croisé les regards. À reculons, j'ai d'abord aperçu les oreilles d'un couvre chef à la Castro, nouées haut-le-crâne, et un visage baissée, ne laissant pointer que l'arrête large d'un nez plat que je flairais comme déjà vu, sur fond de barbe, déjà-vue. J'observais l'effort maintenu par celui qui la portait, concentré sur les efforts de la montée de son corps entier; il m'observa juste assez longtemps pour comprendre ce que je voyais, en slow motion, puis quelques secondes de plus, pour apprécier sa force, de toute mon immobilité.

Montréal n'est qu'un gros village; on reconnait de nos comédiens, nos chanteurs, nos designers dans la rue presque au quotidien, surtout sur ce Plateau. Des étrangers aussi, des qu'on a l'impression de déjà connaître.

Celui-là, je ne l'avais en fait pas revu depuis le Botanique, il y a trop de mois déjà mais. C'était alors quelques minutes pour une foule; aujourd'hui ce fut quelques secondes pour un moment unique à travers mes sens en mouvement.

Il n'a pas changé de maison, Patrick Watson.


(To Build a Home, une oeuvre musicale qui m'a accompagnée de près tout au long des jours gris de mon dernier séjour européen -
Patrick Watson, pour The Cinematic Orchestra)

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