mardi 1 avril 2008

Imperfections et radioactivité

Radioactive, je le suis sûrement encore aujourd'hui. On m'a dit que je le serais pour environ 24 heures.

Parce que là, ça fait!

Il faut trouver ce qu'ils ont, ces pieds-là... Pas seulement cinq orteils de chaque côté, non, si seulement c'était de la biologie élémentaire dont il s'agissait. Car voilà presque 3 ans maintenant que je marche chaque pas en pensant à mes chers p-i-e-d-s. Ça a commencé par le côté droit: un matin d'avril 2005, en marchant gaiement pour me rendre au métro Vendôme pour une splendide journée de travail (je ne suis pas sarcastique: il faisait beau, et je me dirigeais à mon travail, que j'adorais, et juste cette pensée me comblait de bonheur), je réalise, ayoye, que je dois m'être foulé la cheville, bizarrement sans m'en être rendue compte.

Encore. Me fouler la cheville droite, il faut savoir, est une technique savante que j'ai appris à maîtriser au cours de mon enfance et de mon adolescence. En résulte un état de guenille perpétuel de cette articulation à angle droit, que j'ai tout récemment réussi à soigner, mais l'explication vous sera livrée à un autre moment donné. À l'époque, fidèle à mon habitude lorsqu'un malaise se manifeste en moi - physique ou autre - je néglige la chose et travaille toute la journée comme une force_née.

Les jours passent. Ce n'est désormais plus la cheville qui m'élance, mais plutôt, la plante du pied. J'adore les plantes, mais celle-là, je commence à l'aimer un peu moins. Je l'ai raide comme du bois-francs et si je me concentre assez, je réalise que mon genou droit fatigue avant l'autre. Bah, ça va passer.

Ouais ouais, c'est ça! Ça finit par passer: de la cheville, au talon, aux orteils, en remontant en courant électrique derrière la cuisse, dans la fesse, jusqu'au dos! Super, reaching for the top! Bon, alors, quoi faire pour éviter la douleur? Certainement pas aller chez le médecin, car je dois travailler en prévision de mon pèlerinage dans les Balkans (!), et bien sûr, au boulot, je m'imagine sincèrement que je suis irrrrrremplaçable.

Tout l'été, à marcher quotidiennement en ancienne zone de guerre, caméra à la main et serbo-Croate entre les dents, je dois vouer que je n'y pense plus trop. Ma capacité d'adaptation à la souffrance est étonnante.

Je rentre, je recommence à travailler. J'ai pas le temps de consulter. Pas le temps. Pas le temps. Vélo, boulot, dodo, McGill dans mes temps libres puis déménagement dans les temps chauds de 2006. Et puis je commence à réaliser, que ce n'est vraiment pas normal de sentir des choc électriques à chaque coup de pédale droite, ça m'agace quand je roule en ville... et ça, c'est un ruinage de plaisir que je tolère moins.

Automne 2006: "Docteur, j'ai quelque chose à vous dire, j'ai mal au pieds. Et, c'est une longue histoire... Là, là, et là aussi, je crois que ça va ensemble. Help!" Elle me considère comme un tout, regard par en haut, regard par en-bas, air méprisant, et m'envoie faire mesurer tout ça ces jambes-là, voir si je n'avais pas une défectuosité que j'ignorais.

Devinez?

Yeah, right... Le rapport stipule: Dénivellation du bassin montrant un abaissement de 8mms de la hanche droite et légère scoliose à convexité droite de 5 degrés en regard de D8 (...) Conclusion? Raccourcissement de 8mm du membre inférieur droit. Remède miracle? Aucun! Traitement? Des semelles à 450$, non couvertes par mon assurance!

Qui en bout du compte, ne m'aurons que fait souffrir autant durant tout mon séjour en Europe. Aucune amélioration, surtout pas pour mon compte en banque, ni pour la diminution de mon temps de shopping pour trouver LA paire de chaussures qui serait assez haute pour ne pas m'en faire sortir à la moindre bourrasque. Et puis les semelles qu'on met tous les jours, ça finit par sentir mauvais. C'est fini!


Bon an mal an, mon pied droit a profité du monopole de toute mon attention dolorique pendant 3 fucking années, mine de rien, grand gagnant de mon oubli de ce que c'est que de ressentir le mal. avant que mon pied gauche se réveille en se disant que lui aussi voudrait bien être in the spotlight. Bon. Ça fait des randonnées condamnées, et des balades de moins en moins agréables, qui mènent à l'achat brise-coeur d'une passe de métro. Non, je ne suis pas handicapée...

Alors, C'EST QUOI?

Mon médecin suspectant la présence de fractures de stress aux métatarses (paraît que c'est assez populaire chez les jeunes femmes; comme si je désirais être dans le vent) , on me fit d'abord passé des rayons-X - le classique; vous n'êtes pas enceinte mademoiselle? Non! Ces tests ne démontrant finalement aucune fracture nette comme telle, on m'envoya alors passer une scintigraphie osseuse. "Vous n'êtes pas enceinte, mademoiselle? Parce qu'on vous injecte une substance légèrement radioactive, vous savez..." "Non non, ça va, injectez moi ce que vous voulez, allez." Puis, on vérifie ma circulation sanguine, pour voir si le produit connaît bien le chemin jusqu'aux culs de sac inférieurs de mon corps. À l'écran, apparaissaient comme un dessin de Light Bright, mes vaisseux sanguins en feu d'artifice dans le ciel sombre de mes jambes.

"Revenez nous voir dans cinq heures, le temps que le produit se rende dans vos os."

Soudainement, un petit plan tordu... je m'imaginais aller voiler des films dans les étalages de L.L. Lozeau! Il n'en fut rien.
J'ai lu, instead.

* * *

Selon Le grand dictionnaire des malaises et des maladies, les pieds sont le contact à la terre, la prise de stabilité dans les déplacements vers un but, un désir ou une direction. Ils représentent la position que nous prenons face aux situations qui se présentent à nous. Une douleur aux pieds signifierait un conflit entre la direction et le mouvement que je prends dans la vie. (...)

* * *

Comme c'est étrange d'observer ses os en temps réel... rien d'anormal en apparence...
Je veux qu'ils me diagnostiquent quelque chose, autre que des feux d'artifice sur un écran.

Résultats dans 2 semaines. Ceux-là.
Pour le reste... je traite un ouch à la fois.

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